À l’origine du mot whacking il y a la référence à « frapper avec force » avec l’onomatopée « whack ». C’est aussi une danse des bras. Y a-t-il un lien ?
Il y a beaucoup de liens, en effet. Whack signifie « strike with force » (frapper avec force), c’est également une onomatopée que l’on trouve dans les vieilles bandes-dessinées de Batman, où l’on peut voir un mouvement précis de « strike with force », celui de la gifle.
Pour ce qui est des mouvements rapides, cela tire, en partie, son inspiration des arts martiaux, en particulier du Nunchaku. Il y a aussi une référence au peintre Art nouveau Erté (1892-1990) QUESTIONS À MOUNIA MOUNIA NASSANGAR — 4 dans la position et les gestes des mains, aux films tels que Sunset Boulevard (1951).
Dans une scène phare du dessin animé Bug’s bunny, le protagoniste imite Igor Stravinsky en chef d’orchestre sans baguettes. C’est certainement pour ça qu’on a cette impression de prédominance des bras et des mains, « to hit the beat » (marquer le son) seulement avec les bras.
Pourtant à sa naissance il s’agit d’incarner des personnages, de poser sur le son avec le plus de dramaturgie possible, d’être le personnage principal de son propre film avant d’y ajouter les bras et les mains. En club, iels s’amusaient à deviner le personnage qu’on imitait.
Quelle place accordez-vous à la musique dans cette pièce ? Comment elle rejoint l’histoire du whacking ?
La musique est centrale dans cette pièce. Le choix des sons est à la fois un hommage au courant musical de la french touch qui s’inspire du disco, du funk et de la musique électronique. C’est aussi un hommage à la house et la techno. Deux courants musicaux qu’on peut définir comme étant les enfants directes ou indirectes du disco : le style musical sur lequel est né le whacking. Dj Frankie Knuckles disait que « la house music est […] la revanche du disco ». C’est beau.
Dans le disco, il y a des morceaux qui peuvent durer 14 minutes, composés de l’introduction, le refrain, le couplet et un « break » musical plutôt sans paroles, très dense tant au niveau de la mélodie comme du rythme.
Les breaks peuvent durer jusqu’à 5 min, avant que les paroles reprennent. Dj Michael Angelo († 1992) faisait en sorte de choisir méticuleusement ses tracks, strictement venu de l’underground disco, pour que ses « punkers »* puissent donner le meilleur et s’exprimer lors des contests en soirée. Il était prêt à enlever le vinyle s’il estimait que la danse n’était pas à la hauteur de la musique. C’est un détail particulièrement important pour moi.
La musique est au centre. Je définis ma danse comme étant musicale puisque j’ai un besoin permanent de refléter les notes, le sons des voix… Je suis attentive à ce que j’écoute, parfois un peu trop. Je peux avoir ce sentiment d’être coincée à force de trop vouloir correspondre à la musique.
Etant DJ depuis peu, j’accorde aussi de l’importance au choix des sons qui illustreront les actes. Et c’est pourquoi j’ai décidé de collaborer avec la beatmakeuse Mac L’arnaque. Nous avons des goûts musicaux communs ce qui permet d’échanger sans incompréhensions. Pour STUCK, Mac a créé un son avec le sample de String of life, un classic techno que j’ai choisi pour cette pièce.
(*) Punking : mot originel du whacking
Route des Péniches 2
1211 Genève